Manifeste
Démonter pour comprendre.
Ce que l’intelligence artificielle va changer, ce qu’elle va nous prendre, et pourquoi je choisis de m’en servir plutôt que de la subir.
Le premier ordinateur
À l’âge de 10 ans, peut-être 9, mon grand-père m’a offert mon premier ordinateur. Un PC de bureau qu’il avait monté lui-même, qui tournait sous Windows 95.
À peine arrivé chez moi, je me suis empressé de le démonter, puis de le remonter. Je ne voulais pas seulement m’en servir. Je voulais comprendre.
Ce réflexe ne m’a jamais quitté. Ouvrir, regarder à l’intérieur, casser parfois, recommencer. Très vite, j’ai tapé mes premières lignes de code. Je me suis amusé à pirater mes amis en exploitant des failles dans des scripts mIRC et dans les navigateurs de l’époque. Rien de bien méchant. Mais une leçon que je n’ai jamais oubliée : tout système a une logique, et celui qui la comprend peut la retourner.
Un fil rouge
À 18 ans, j’ai quitté ma Corse natale. J’ai travaillé dans des startups, dans la communication publique et politique, toujours avec un pied dans le développement. J’ai dirigé la communication d’une multinationale experte de la transformation numérique des entreprises, présente dans dix pays. Puis je suis rentré en Corse fonder mon agence de communication.
Des métiers différents, un même fil : comprendre comment les outils transforment la façon dont les gens travaillent, décident et communiquent. Aujourd’hui, je me consacre exclusivement au développement, à la cybersécurité et à la recherche autour de l’intelligence artificielle. Parce que c’est là que tout se joue.
Un pessimiste lucide
Je fais partie des pessimistes en matière d’IA. Je le dis d’autant plus librement que je passe mes journées à la déployer.
Oui, elle va faire progresser notre monde d’une façon que nous n’imaginons même pas. En médecine, en recherche, dans des domaines où chaque avancée sauvera des vies. Je n’en doute pas une seconde.
Mais elle va aussi retirer du sens à une immense partie de l’humanité.
Et le sens, c’est ce qui nous fait nous lever chaque matin.
Les révolutions industrielles ont remplacé nos muscles. Celle-ci s’attaque à ce que nous pensions être le propre de l’homme : écrire, analyser, créer, décider. Pour la première fois, la machine ne vient pas seulement soulager le travail. Elle vient le faire.
Les utiles et les inutiles
Dans le monde qui vient, il y aura deux catégories de personnes. C’est cynique, je l’assume. Je l’écrivais déjà dans un livre en 2024.
Il y aura les utiles. Les humains augmentés, ceux qui auront réussi à mettre l’IA au service de leur propre développement, ou qui occupent des places que l’IA ne peut pas prendre.
Et il y aura les inutiles. Ceux qui n’apportent plus rien que la machine ne fasse déjà, mieux, plus vite et pour moins cher. Ceux qui sont totalement remplacés.
Ce n’est pas un jugement sur la valeur d’un être humain. C’est la façon dont un système économique, froidement, risque de nous regarder. Et la frontière entre ces deux catégories ne se jouera ni sur le diplôme, ni sur l’âge, ni sur le métier. Elle se jouera sur une seule chose : la capacité à apprendre, encore et encore.
Choisir son camp
C’est pour cela que j’ai créé Nine Brains. La pieuvre a neuf cerveaux : un central qui décide, huit qui agissent en parallèle. Elle ne remplace pas son cerveau. Elle le démultiplie.
Je ne crois pas qu’on puisse arrêter ce qui vient. Je crois en revanche qu’on peut choisir de quel côté on se trouve. Apprendre plutôt que subir. Confier à la machine ce qui nous vide, pour garder ce qui nous fait vivre.
C’est ce que je fais chaque matin depuis vingt ans. C’est ce que je vous propose de faire avec moi.
